Revue associative et participative

une invitation à exprimer ta sensibilité, ta couleur, ton essence

Je suis née en 1968, dans cette longue langue de terre entre la cordillère des Andes et l’océan Pacifique, le Chili. Après le coup d’État de 1973, ma famille s’exile en France, dans le Languedoc. En 1981, nous partons vivre au Mozambique, pays en pleine mutation, criblé de guérillas destructrices. En 1983, mes parents décident de nous envoyer à Paris, auprès de la famille, pour notre sécurité. J’ai 16 ans et pendant ce court séjour me vient l’envie de faire mes études aux Beaux-Arts. Toutefois mes parents ont d’autres projets, et en 1984, nous retournons au Chili, malgré la dictature, pour vivre de la terre. Je finis le lycée et commence des études de photographie. Mais ce pays est encore une fois synonyme de violence et d’éclatement familial. En 1988, majeure, je décide de rentrer en France. Cinq ans à Paris où je fais des études universitaires, photographie, cinéma/vidéo et finalement arts plastiques. Pendant mes études, un incident majeur va me décider à approfondir la pratique de la peinture. À cette époque, je suis en totale dérive, l’âme en peine. Les aléas de la vie me permettent de revenir dans le Languedoc et, tel un navire, d’y faire naufrage. Larguer les études, et enfin toucher le fond. La peinture devient support, me raconte. Devient un guide discret, me permettant de trouver des liens. Retrouver mes racines amérindiennes, si longtemps rejetées. La peinture non pas comme un exutoire, mais comme un phare, illuminant mes rêves ensevelis. Mais c’est aussi un défi, celui de faire face au monde avec ce que l’on est, faiblesses et forces. Sortir de son trou. Il m’a fallu vingt ans de peinture et de remous existentiel pour arriver à une maturité et une confiance envers mon élan créatif par lequel je souhaite donner le meilleur de moi-même. Depuis 2001, je vis auprès de cette magnifique chaîne de montagnes que sont les Pyrénées, en Ariège. J’ai fondé une famille. Créer est le maître mot de mon cheminement à travers cette vie.

 

Parmi toutes les formes de création que j’ai explorées, la peinture est celle qui engendre le plus de résonance en moi. Au fil de mes expérimentations, je me suis vue parcourir mon propre imaginaire. Par ce biais, j’ai redécouvert mes origines sud-américaines, facette de mon histoire dont l’exil m’avait privée.

Je suis allée vers de plus en plus d’abstraction de cette richesse que j’ai cherché à traduire par un graphisme symbolique.

Dans ma démarche artistique, je puise dans cette mémoire intuitive, riche et colorée. Je trace des lignes conductrices qui me permettent de sonder des sujets qui font vibrer mes cordes créatrices. J’explore ainsi la symbolique de la création, au féminin, sous ses formes les plus simples aux plus complexes, du monde de l’ADN et du cellulaire, aux particules et filaments. Mes recherches sont bien souvent minutieuses dans leurs tracés, leurs pointillés et leurs lignes.

Des fils qui tissent des toiles et des trames, il n’y a qu’un pas pour que des liens se créent entre les cultures : des métissages qui entrent en résonance avec ma quête d’esthète, l’art précolombien des Amériques, l’art aborigène d’Australie, l’Afrique et certainement d’autres cultures dans lesquelles je ne me suis pas encore reconnue, mais qui ont sans doute une influence sur mon travail.

C’est ainsi que l’on trouve dans mes œuvres des couleurs vives, leurs entrelacements, leurs contrastes dans des mondes abstraits où j’insère des visages et des corps humains.

Une peinture qui se veut libre de son envol.

Tania Fuenzalida

Tania Fuenzalida